Tellement vrai !

Image  poème1

 

Comme par exemple ça : Là je craque !

« Je respire où tu palpites »

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

A quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit ?
A quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’Auréoles ;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon orage succombe,
J’en reprends dans ton coeur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d’azur.

L’amour fait comprendre à l’âme
L’univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l’infini

Sans toi, toute la nature
N’est plus qu’un cachot fermé,
Où je vais à l’aventure,
Pâle et n’étant plus aimé.

Sans toi, tout s’effeuille et tombe ;
L’ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t’implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
Ô fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n’es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l’autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L’inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l’étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu’illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : « Où donc est ma soeur ? »

J’en mourrai ; fuis, si tu l’oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu’elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les contemplations (1856)

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10 réflexions sur “Tellement vrai !

  1. Ah! qu’il écrit donc bien, et s’entendre lire cela ,c’est à fondre….Le beau langage tout de même;quelle séduction !!!!!!
    Je t’embrasse, que notre amitié dure plus que la vie d’une rose !

    Aimé par 1 personne

  2. ah ce Victor, quel séducteur, il pense presque ce qu’il dit, moi j’aurais intutilé ce poème :
    « sans toi » ……..
    palpite quel joli mot n’est-ce pas ?
    palpitation du coeur éperdu…
    Ö QUE¨C’EST BÖ !

    Aimé par 1 personne

  3. un bien joli poème, mais je ne peux m’ empêcher de penser que la passion est alors une forme de servitude voulue, avec tous les dangers de l’ excès !
    et comme l’ avait dit Esope, la langue peut être la meilleure et la pire des choses !
    Passe une bonne journée
    Bisous

    Aimé par 1 personne

Avez-vous conscience de votre talent ? J'adore vous lire ... Je me fais du mauvais sang si vous ne passez pas ! Merci de prendre soin de moi ....

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